Le site de
Salon a connu une occupation humaine ancienne. Mais c’est durant le Haut Moyen-Age, en 871, qu’apparaît la première mention écrite connue de Salon. C’est à cette période que la Provence se constitue, sous la dépendance du Saint Empire Romain Germanique. L’Empereur laisse cependant la possession des terres de Salon aux archevêques d’Arles, leur donnant une certaine autonomie par rapport aux Comtes de Provence.
Ce statut de « terres adjacentes » de l’Empire contribua à l’établissement de la cité puis à sa stabilité jusqu'au rattachement de la Provence au royaume de France en
1481.
La ville au moyen âge
Dès le
XIe siècle, l’occupation fortifiée du site incite au regroupement d’une population qui, sous la protection des archevêques, vit d’une économie principalement liée aux activités rurales et au commerce. L’habitat se construit enserré au pied du château et protégé à partir du XIIIe siècle de remparts dont on retrouve le tracé en suivant les actuels cours (Carnot, Victor Hugo, Gimon). Ces fortifications étaient percées d’entrées dans la cité suivant les axes principaux de communication vers Arles, Avignon ou encore Marseille. Deux de ces portes sont encore visibles dans la ville : à l’Ouest, la tour Galagaspe, à l’Est, celle du Bourg Neuf qui conserve une Vierge Noire.
Le XII
Ie siècle est une période de prospérité des villes. Salon ne déroge pas à la règle. Sa position de carrefour lui permet de développer une activité de grands marchés à laquelle l’importante communauté juive installée dans le quartier de la rue de la Claustre participe activement. L’activité rurale contribue grandement à ce dynamisme : commerce lié à l’olive et à son huile, viande, laine et peau ovines.
La ville s’organise, se construit suivant
un plan propre aux cités médiévales : rues et places étroites, maisons bâties sur des parcelles dites « en lanière » (façades étroites sur la rue mais bâtiments profonds sur l’arrière) ponctuées d’« hostels » plus vastes.
Ainsi, la très belle maison de
Nostradamus, bien que remaniée à plusieurs reprises, conserve une structure propre à la fin de l’époque médiévale. De cette période, Salon conserve de nombreuses traces dans ses monuments. Elles sont par contre plus difficiles à repérer dans l’habitat, la cité ayant souffert de plusieurs tremblements de terre (dont le dernier date de 1909) et surtout de « rénovation urbaine » brutale des années soixante-dix.
La Renaissance
En
1537, la collégiale et les nouveaux faubourgs s’étendant depuis les portes de la cité, et formant des regroupements selon les corporations, sont protégés par une seconde enceinte dite de "réunion".
Le courant d’idées humanistes de la Renaissance trouva d’importants échos à
Salon au travers d’hommes tels que Nostradamus. Contemporain de ce dernier, Adam de Craponne a su tirer parti des progrès scientifiques réalisés à cette époque dans le domaine entre autres de la physique hydraulique.
Conscient que l’essor et la richesse de la ville dépendent de la maîtrise de l’eau, cet homme d’affaire conçoit l’ambitieux projet de détourner grâce à la construction d’un canal une partie des eaux de la Durance afin d’irriguer l’aride plaine de la Crau dans les régions de
Salon et d’Arles. Son tracé, en passant au cœur de la ville de
Salon, permet l’utilisation de la force motrice de l’eau. Dans un souci pratique et d’économie, Craponne utilise au maximum les ouvrages préexistants : tronçons d’anciens canaux et surtout une importante portion des douves des remparts médiévaux. Cette pratique permet au canal de traverser la ville à ciel ouvert d’ouest en est sans trop bouleverser ni son réseau ni sa structure. La « discrétion » de sa présence dans la cité s‘est accentuée au fur et à mesure qu’on le recouvrait, pour des raisons de sécurité mais aussi de facilité de circulation.
Inauguré en 1559, son apport permanent en eau dote la ville d’une nouvelle énergie, source d’un développement durable. Cette force hydraulique permet ainsi à la fois la diversification de la production agricole et l’introduction au
XVIIe siècle de nouvelles activités, telles des moulins et des manufactures de soie.
Pour son œuvre qui changea le destin de la cité,
Salon lui rendit un hommage solennel en érigeant en 1854 une fontaine à son effigie sur la place de l’hôtel de Ville. Taillée dans du marbre par le sculpteur aixois Ramus, son socle est orné d’allégories illustrant les génies militaire et civil ainsi que ceux de l’étude et de l’abondance.
Aménagement et urbanisation XVIII et XIX siècle
Progressivement, l’enceinte médiévale est « attaquée » non par des assaillants, mais par des bâtisseurs. Mètre après mètre, on la remplace par des immeubles d’habitation, tout en conservant la courbe de son tracé. Les problèmes de circulation sont au cœur des préoccupations : on tente en particulier d’aménager les places, afin notamment d’offrir des espaces plus vastes aux marchés de gros et de détail. La "Place des Platanes" ( extrémité sud du cours Gimon) joue ce rôle jusqu'en 1932, puis c'est le tour de la place Garibaldi (actuelle place Morgan).
deux pas de la tour de l’horloge, une curiosité réputée à
Salon s’affiche sur la place Crousillat : la fontaine Moussue. Probablement réédifiée au
XVIIIe siècle, elle est classiquement composée de deux vasques superposées sur lesquelles se sont amalgamées des concrétions calcaires, « terreau » propice au développement de la végétation. Il s’agit donc d’une création de la nature qui donne à la fontaine cette étonnante forme de champignon.
Aux nombreuses activités de la ville s’ajoute au
XIXe siècle la fabrication industrielle du savon. Au-delà du tracé de ce qui fut la seconde enceinte, la ville s’étend alors plus largement sur la plaine de la Crau. De nombreux terrains vacants à l’Ouest sont investis, desservis par de nouvelles avenues, dont l’une permet à partir de 1873 de relier la toute nouvelle gare de chemin de fer au centre ville.
Grâce à l’industrie des savonniers,
Salon connaît un formidable essor qui culmine à partir des années
1870, enrichissant en outre la ville de nouvelles architectures : fabriques et villas bourgeoises. Ce patrimoine représente encore aujourd’hui l’une des spécificités de l’identité urbaine de la cité.
La ville au XX siècle
En pleine dynamique économique,
Salon est touchée en 1909 par un tremblement de terre qui meurtrit sa pierre. S’il ne s’agit pas de la première secousse, celle-ci revêt une importance particulière puisqu’elle explique le visage actuel de la ville. De nombreux monuments sont touchés, mais aussi l’habitat du centre ville. Le séisme fragilise nombre de maisons et d’immeubles qu’il faut au mieux consolider, au pire rebâtir. Cet événement explique en partie le nombre important de façades d’époque Art Déco ceinturant l’hyper-centre.
Le choc de la première guerre mondiale n’épargne pas la ville. De ce drame naît cependant un merveilleux hommage aux morts de la grande guerre, méritant à lui seul un détour par le cimetière Saint-Roch. Œuvre du sculpteur Eugène Piron taillée à même la roche, elle représente, de la bouche même de son créateur : « une brèche qui semble accéder au caveau où sont déposés les morts. A l’entrée de cette brèche, un clairon sonne le Sublime Réveil qui fait surgir en foule l’image de ceux qui dorment là … ». Inaugurée en 1925, elle demeure unique dans sa monumentalité, son hyper-réalisme, mais avant tout pour son humanité.
Si le conflit a causé une très forte chute du commerce des huiles et du savon, ce dernier ne s’éteint toutefois pas, malgré
la crise de 1929. Les productions agricoles demeurent quant à elles une source toujours sûre d’activité. En 1937, l’installation de la toute nouvelle Ecole de l’Air offre un nouvel élan à la ville. Cette implantation donne lieu à la réalisation d’un important ensemble de bâtiments militaires illustrant remarquablement les constructions d’avant-guerre.
De 11 000 à la fin du XIXe siècle, la population salonaise s’élève à plus de 30 000 dans les années 1960, nécessitant la création de nouveaux quartiers péri-urbains qui forment une zone de transition entre le centre ville et l’espace rural, tout en préservant ce dernier, comme le montre le hameau de Bel Air.
Cœur du Pays Salonais regroupant
50 000 habitants, la cité se partage aujourd’hui entre ses activités économiques et ses propres productions issues de l’agriculture, qui lui permettent de conserver et valoriser son charme de
« ville à la campagne ».